Aigrettes ou Bokeh, il faut choisir ! 1ère partie…

Vais-je vraiment parler technique photo ou matériel photo ? Je ne sais pas. Mais je vais parler photo au sens noble du terme, ça c’est sûr ! ou quand la technique est au service de l’artistique…
Depuis un an environ, pas une seule revue spécialisée dans la photo, notamment amateur, ne possède pas son article sur le Bokeh. Cet aspect visuel de mes photographies, si important à mes yeux et depuis si longtemps, est devenu le sujet des « salons ou forum branchés ». Oh le beau Bokeh ! Qu’il est beau mon Bokeh !

 

Les 6 lamelles d'un diaphragme
6 lamelles d’un diaphragme

Mais de quoi s’agit-il exactement ? Le Bokeh, du nom de son « inventeur » décrit la « qualité ou l’aspect » du flou d’avant et d’arrière plan d’une photo. Pour faire court, ce flou est plus ou moins flou !!! Il ne dépend que d’une seule chose : la rondeur du trou par lequel passe la lumière dans un objectif or cette rondeur est affectée par les lamelles du diaphragme lorsque l’on ferme celui-ci.

Quand le diaphragme d’un objectif est totalement ouvert (objectif à pleine ouverture), la lumière passe à travers un trou parfaitement circulaire; les lamelles sont bien rangées sagement dans l’objectif ! Donc à pleine ouverture, tous les Bokeh se valent, à ouverture maximale égale.

Quand le diaphragme est partiellement ou totalement fermé (objectif diaphragmé), la lumière passe à travers un trou plus petit, pas tout à fait circulaire puisque délimité par le nombre de lamelles que constitue le diaphragme. Ce nombre varie souvent entre 6 et 9. Le nombre de lamelles le plus fréquent est 7 ou 8.

Mais alors pourquoi les fabricants mettent-ils plus ou moins de lamelles ? S’il existe un cas plus beau qu’un autre, pourquoi ne font-ils pas la même chose ? Quel est le nombre de lamelles idéal ?

Et bien je vous le donne en mille : le coût et le marketing. Placer de nombreuses lamelles dans un objectif est complexe et coûte plus cher quand ce nombre augmente. En effet, les lamelles du diaphragme, disposées en quinconce comme le montre l’illustration ci-contre, doivent s’ouvrir et se fermer très rapidement, à chaque déclenchement. Et c’est peu de dire que certains boîtiers aujourd’hui peuvent travailler très vite puisque le record est détenu par Canon et son incroyable 1 DX qui est capable de prendre 14 images à la seconde ! Les lamelles doivent donc, extrêmement rapidement, coulisser les unes contre les autres, précisément pour laisser passer tout le temps la même quantité de lumière, sans se tordre. N’en placer que 6 comme dans le cas ci-contre est donc une raison de coût. De plus, plus vous en mettez dans un objectif et plus elles doivent être fines. Fines et solides cela coûte cher !

Donc on peut déjà dire à ce stade que :

  • Plus on place de lamelles dans un objectif plus il faut qu’elles soient fines (pour ne pas prendre trop de place dans l’objectif)
  • et donc légères (pour la rapidité de mouvement d’ouverture/fermeture).

Seulement voilà : les opticiens savent depuis longtemps que cela n’est pas anodin du seul point de vue de l’image. En effet, plus la lumière passe par un trou circulaire et plus ce flou est doux et progressif. L’image passe alors du flou au net plus progessivement ! Si, si, je vous assure ! Regardez bien si vous n’y êtes pas sensibilisé sur la photo ci-dessous. Sinon, pourquoi croyez-vous que LEICA, NIKON, ZEISS placeraient 9 lamelles depuis tout le temps dans leurs objectifs ?

Analysons les choses d’un peu plus près maintenant…

Bokeh : flou de l'objectif
Bokeh : flou de l’objectif

Sur cette photo prise avec mon objectif Canon 135 mm F 2,0 à pleine ouverture (donc lamelles parfaitement rentrées et ouverture parfaitement circulaire) on voit clairement que les objets en second plan sont bien flous et cela progressivement, au fur et mesure que le regard s’enfonce dans la photo. Nous verrons dans une seconde partie de cet article qu’il n’en est pas toujours de même car ce flou dépend de la taille du capteur et bien sûr du nombre de lamelles/épaisseur de celles-ci dans l’objectif…
Donc le premier point important est que plus un diaphragme est constitué de lamelles plus le trou qui laisse passer la lumière (quand le diaphragme est fermé) sera rond et plus le Bokeh sera beau car progressif.

Quand le diaphragme d’un objectif possède de nombreuses lamelles – idéalement 9 aujourd’hui –  le Bokeh reste beau même quand on photographie en le fermant.

Mais bien au-delà de la seule qualité du Bokeh, il est une autre conséquence qui n’a pas les faveurs de la mode en ce moment : je veux parler des images de sources lumineuses floues et nettes. Or selon le sujet que l’on photographie, cela peut pourtant avoir une conséquence artistique non négligeable…

14 aigrettes d'un objectif
14 aigrettes d’un objectif Nikkor 10,5 mm DX

Quand on photographie une source lumineuse ponctuelle comme le soleil, des spots encastrés dans un plafond ou encore de l’éclairage urbain, on peut observer de nombreuses aigrettes comme le montre la photo ci-contre. Et bien, ces aigrettes dépendent… du nombre de lamelles ! En effet, la lumière, à chaque fois qu’elle traverse l’arrête entre deux lamelles diffracte. Elle crée une aigrette. On peut déjà dire qu’à chaque intersection entre deux lamelles, la lumière sera diffusée perpendiculairement ET dans les deux directions opposées selon :

  • Le nombre qui varie selon le nombre de lamelles mais également de leur symétrie dans l’objectif
  • leur « forme » ou leur épaisseur qui dépend de la finesse des lamelles. Plus elles sont épaisses (exemple ci-contre en dessous de l’objectif Samyang) et plus elles diffusent la lumière et les lamelles sont fines (car nombreuses) et plus les aigrettes seront fines (objectif Nikkor ci-contre).
6 aigrettes d'un objectif Samyang
6 aigrettes d’un objectif Samyang

Plus le diaphragme d’un objectif possède de  lamelles et plus les sources lumineuses possèderont d’aigrettes.

Ainsi, les marques d’objectifs à prix étudiés pêchent encore aujourd’hui sur ce genre de détails qui pour moi n’en sont pas ! Certes leur piqué ont  aujourd’hui fait d’énormes progrès mais il faut bien qu’il reste encore des différences avec les marques plus prestigieuses !

Pour conclure cette première partie, on peut dire que selon son ou ses sujets de prédilection, il sera peut-être nécessaire de faire également attention à ce critère, de plus en plus noté dans les notices techniques : le nombre de lamelles ! En photographie d’architecture de nuit comme l’illustre la photo ci-dessous,

Dans la prochaine partie nous étudierons en détail pourquoi les marques choisissent un nombre de lamelles donné selon les sujets types de leurs clients. Canon et Nikon, les deux plus grandes marques généralistes, faisaient des choix techniques différents mais Canon se rallie de plus en plus à Nikon…

Le pont Alexandre III
Le pont Alexandre III de nuit prix avec un diaphragme à 8 lamelles.
14 aigrettes d’une photo de nuit – Objectif Nikkor – © laurent Thion

Votre avis m’intéresse donc je vous invite vivement à me laisser vos commentaires et à poser vos questions dans les commentaires ci-dessous… Je tenterai de réagir et de répondre à vos questions dans la seconde partie de cet article. Je vous invite également à le partager si vous l’avez apprécié !


Arnaud

Photographe-auteur depuis 2004, je suis avant tout un photographe passionné depuis l’âge de quatorze ans, passionné par la photo panoramique et la gestion des couleurs, entre autres...!

12 Commentaires

  1. Bonjour, je viens de voir ton lien sur viadeo, une visite s’imposait! J’ai lu, pour l’instant, dans les grandes lignes. Je suis une grande amatrice de photo et surtout dans l’expérimental. Je ne connaissais pas le terme « Bokeh » ni « aigrette » en toute honnêteté. Tu éclaires ma lanterne! Je travail beaucoup avec l’argentique et j’ai récemment acquis une bague qui me permet de poser des objectifs argentiques (zenit) sur mon numérique (nikon) et cet effet de flou premier plan – arrière plan; dont tu parles dans cet article est très prononcé, de façon agréable je dirais… « progressif » en sommes (mais le beau n’est que subjectif!). J’aimerais te faire part de mes essais parce qu’à la base, c’est vraiment de la bidouille avec des objectifs très anciens (urss) mais de bonne qualité pour leur époque et c’est un effet sur lequel je suis tombé sans réellement en avoir eu les intentions.
    À bon entendeur!

    Ravie de ce blog en tout cas je prendrais surement plus de temps demain pour insuffler tes bons conseils!
    À bientôt!

  2. Salut Arnaud,

    Intéressant article technique, sur un sujet qui en est un à part entière, mais rarement traité. Je suis comme François à regarder (entres autres) les aigrettes quand je choisis une optique.

    Je reviendrais sur le début de ton article, sur la citation suivante qui m’interpelle, même s’il ne s’agit pas du sujet principal de l’article : « Donc à pleine ouverture, tous les Bokeh se valent, à ouverture maximale égale. » Je ne suis pas sûr de bien la comprendre. Je m’explique. Le bokeh est un sujet à la mode, que j’ai pris en main à travers mes (trop) nombreuses optiques en monture m42. Je vais en citer deux pour l’exemple : Helios 44-2 58mm f/2, et Pentacon 135mm f/2.8 à preset, parfois surnommé le « bokeh monster ». Il ne me semble pas pouvoir qualifier ces bokehs d’équivalents.

    Mais c’est un détail au regard de l’article très riche, et dont finalement ce n’est pas le sujet traité. Je n’avais que les bases sur les aigrettes, j’ignorais par exemple l’influence de l’épaisseur des lamelles.

    Un article passionnant, clair, j’en redemande !

    1. Salut Jonathan,

      Ton commentaire fait plaisir car tu as vraiment lu mon article ! Voilà pourquoi j’ai du plaisir à faire ce blog. Merci.
      En fait, pour répondre à ta question, je veux dire que si tu prends un 50 mm F 1,4 Canon ET un Nikkor 50 mm F 1,4, à pleine ouverture tu auras le même Bokeh. En revanche, quand tu fermeras le diaphragme, des différences apparaîtront si les objectifs n’ont pas le même nombres de lamelles. Et là, les objectifs à neuf lamelles ont un avantage esthétique…

      Je vais bientôt publier la suite de mon article…

      1. Ah là c’est très clair ! Merci pour l’explication, nous tombons d’accord sur l’ensemble des points évoqués !

        Je te parlais du Pentacon 135mm f/2.8 à preset, riche en lamelles puisqu’il en compte le fabuleux total de… 13 !

        Au plaisir de lire la suite de l’article.

  3. Ce premier article sur la technique photo est passionnant. Il y a beaucoup d’articles sur le bokeh sur internet mais, comme le souligne François, peu abordent la notion d’aigrette.
    J’attends avec impatience de découvrir la deuxième partie sur la taille du capteur.

    Sinon, concernant le blog, il faudrait peut-être donner la possibilité aux lecteurs de s’abonner aux commentaires par mail ou par flux RSS. Certains plugins WordPress font ça très bien.

    1. Merci Fabien !
      Concernant ta remarque, je suis bien conscient que cela manque et je suis en train de m’en occupé… Je te contacte pour te demander un conseil…

  4. Merci pour cet article vraiment très intéressant qui ne se contente pas de traiter du seul bokeh.Alors que les fameuses aigrettes ont toujours beaucoup contribué pour moi, à ce qui fait le charme d’une belle photo de nuit.

    Que ce soit sur ton guide et sur ce blog je pense sans trop me tromper que les articles sur les aigrettes ne sont pas légions sur la toile. Pour moi c’est devenu un choix vraiment important qui entre en ligne de compte dans le choix d’un objectif au même titre que d’autres paramètres plus classiques.

    Je ne savais pas que l’épaisseur et la qualité des lamelles pouvaient rentrer en ligne de compte sur l’aspect des aigrettes. En lisant ton article, je me dis que ce serait vraiment génial de pouvoir répertorier quelque part différents aigrettes au moins pour les objectifs les plus intéressants, ou/et les plus adaptés à la photo panoramique par exemple.

    Vivement la suite !

    1. Merci François ! Grâce à ta remarque, il y aura peut être une troisième partie à mon article. Quoiqu’il arrive je retiens ton besoin d’avoir une base de données sur l’aspect des aigrettes.

    1. Merci Samir. J’ai encore deux trois choses à dire sur le sujet… Dans la seconde partie de cet article, notamment comment on choisit son objectif et éventuellement sa marque.
      Je me suis baladé sur ton blog et j’y ai également trouvé de chouettes articles.
      Il n’y a pas à dire, il faut que j’installe un autorépondeur ! Tu me l’as rappelé ;0)

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